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Changeons de regard

« Changer de regard »

Le temps des vendanges suit en général la rentrée scolaire, il est pour le vigneron non seulement celui de la récolte des raisins mais aussi celui d’une transition entre une activité tournée vers l’extérieur au grand air et un travail en cave où une relation intime commence à s’établir avec le produit du fruit qui fermente. L’homme prend le temps de humer, de goûter, d’observer la coloration, de mesurer la température et d’apprécier… Le regard du viticulteur s’adapte à chaque opération, aux circonstances et aux évolutions du liquide qui lentement devrait devenir un excellent millésime …
L’école du Sacré Cœur ne serait-elle pas comme le pieds de vigne bien enraciné sur lequel se greffent de nouvelles branches qui donnent des fruits nouveaux dont la saveur peut-être différente de celle des récoltes précédentes, ceux-ci sont tout aussi goûteux à la condition que le greffon soit pris en considération, c'est-à-dire reconnu comme une branche en devenir, une branche sans doute encore flexible mais bien solidaire du cep. Ces sarments encore jeunes ne demandent qu’à s’adapter parmi quelques branches plus anciennes mais souples et résistantes.

Il arrive parfois qu’entre routine et aspiration à la nouveauté, les cœurs et les têtes des vendangeurs que nous sommes tous tanguent et soient pris de vertige oubliant un essentiel : la responsabilité qui incombe à tous de soigner l’ensemble du cep et de le respecter dans son développement, des racines aux jeunes branches qui commencent à produire de très bons fruits …
Pour une communauté éducative, ce début d’année est aussi une période de transition où les fruits récoltés peuvent être goûtés. Laissons le temps se faire, il permettra sans doute de découvrir une saveur que nous ne pouvons soupçonner au préalable… D’ailleurs n’y a t-il pas des vendanges tardives ?…
Changeons nos regards …

Pour que ce cep fructifie le plus longtemps possible, parents, enseignants, éducateurs, personnel de service, élèves doivent le protéger en ne blessant pas les branches mais en apportant engrais et humus pour qu’il puisse continuer à croître. Regardons ce pied et acceptons de le voir évoluer dans sa forme …
Adaptons nos regards …

Comme dans d’autres lieux, la vie quotidienne d’une communauté est parfois marquée par des regards qui risquent d’enfermer de façon irréversible un enfant, un parent, un enseignant, un éducateur. Souvent l’angoisse des uns génèrent des angoisses chez les autres, la peur amène d’autres peurs… Se projeter dans l’avenir reste difficile, nos histoires individuelles, nos expériences nous freinent dans l’approche de l’incertain, de l’inattendu, du dérangeant, du différent, du difficile, du complexe …Restons confiants…
Accordons à l’autre un regard de confiance …

Entre tradition et modernité chacun à notre place, affermissons les nœuds d’alliance … Les exemples sont nombreux de ces blessures que nous causons sans le vouloir faute de repères déontologiques et d’attention aux personnes : des évaluations et des appréciations qui enferment, des jugements abrupts et non étayés sur les manières de faire des uns ou des autres, des silences et des non dits lors de certaines réunions, des rencontres dont on peut sortir meurtris par des regards et des propos, des conversations définitives sur un bord de trottoir, des rumeurs…
Regardons avec l’intelligence du cœur …

Parents, enfants, enseignants, personnel de service, éducateurs gardons l’oeil bienveillant sur chaque personne, un être en devenir porteur d’espérance nouvelle, un être fragile qui grandit en humanité, un être relié aux hommes et à Dieu … Petits et grands, souvenons nous du regard fraternel de Jésus sur Zachée, de celui du père au retour du fils prodigue, du regard d’amour de Jésus sur la femme pécheresse et de celui de nos saints lyonnais de Blandine au Père Chevrier…

Cultivons et entretenons ensemble « la positive attitude » pour développer au sein de notre école sécurité, exigence, confiance et l’espérance nécessaire au développement des jeunes dont nous avons tous la responsabilité.

« Ce que l’on sait de quelqu’un empêche de le connaître » (Christian Bobin)